Grèce - 2012

Population : 11.359.000
Capitale : Athènes
Tous les événements survenus en Grèce sont occultés par la gravité de la crise financière et économique qui sévit dans le pays et qui a entraîné une forte chute du niveau de vie. Les syndicats subissent eux aussi le contrecoup de la crise, à mesure que les réformes exigées par l’UE et le FMI en contrepartie de l’aide se font ressentir.

Violations rapportées - 2012

Violations documentées - le nombre réel de cas pourrait être plus élevé

Contexte

En Grèce, la politique a été dominée par la crise persistante de la dette, dont les retentissements ont parcouru toute l’Europe en 2011. De sévères mesures d’austérité, exigées par l’UE et le FMI, ont été mises en œuvre pour faire face à la crise, ce qui a provoqué une forte chute du niveau de vie. Loin de résoudre les problèmes, le plan d’austérité semble plutôt conduire la Grèce vers un effondrement économique et social à une vitesse exponentielle. Tous les indicateurs économiques se sont dégradés. L’économie a diminué d’environ 20% depuis 2008 – ce qui représente la récession la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale – et devrait encore décroître de 25-30% au cours des prochaines années, pour atteindre des niveaux comparables à une économie en temps de guerre. Plus d’un emploi sur dix a disparu. Le taux de chômage s’élève à 21% et le nombre total de sans emploi dépasse le million de personnes, avec un PIB en berne à 5%. Le chômage des jeunes a quant à lui atteint 51,1%.

Le gouvernement de George Papandreou a démissionné en novembre. C’est l’ancien gouverneur de la Banque centrale grecque, Lucas Papademos, qui lui succède, à la tête d’un gouvernement d’unité nationale de transition. Les efforts déployés pour sortir de la crise se sont répercutés sur le fonctionnement des syndicats et sur les travailleurs/euses, les retraités et leurs familles, en raison des baisses de revenus occasionnées par les pertes d’emplois, par les réductions successives des salaires et des retraites et par le niveau durablement élevé des impôts directs et indirects. Les travailleurs/euses et les syndicats sont également confrontés à une grave perte de l’autonomisation institutionnelle due aux mesures draconiennes d’ajustement structurel du marché du travail.

Droits syndicaux dans la législation

Les droits syndicaux élémentaires sont garantis, bien qu’ils comportent certaines limites. La loi stipule que les travailleurs/euses ont le droit de constituer des syndicats et d’y adhérer sans autorisation préalable. Les policiers ont le droit de s’organiser et de manifester, mais pas de faire grève grève Forme d’action collective la plus répandue, la grève désigne un arrêt de travail concerté sur une période limitée et peut revêtir de nombreuses formes.

Voir grève générale, grève intermittente, grève tournante, grève d’occupation, grève de solidarité, grève sauvage
. Il faut un minimum de 20 personnes pour créer un syndicat, ce qui constitue une restriction au droit à s’organiser, compte tenu du nombre considérable de petites entreprises qui composent le marché du travail grec (représentant approximativement 90% de la main-d’œuvre du pays). La négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

Voir convention collective
est elle aussi reconnue, bien que la loi exclue des conventions collectives les questions liées à la retraite, et qu’elle autorise la dénonciation unilatérale d’une convention collective convention collective Accord, généralement écrit, qui intègre les résultats de la négociation collective entre les représentants des travailleurs et des employeurs.

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concernant les fonds de pension complémentaires des employé(e)s de banque. Dans le contexte de la crise économique, le gouvernement a adopté des mesures qui restreignent davantage le droit à la négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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 : en 2010, le principe du traitement le plus favorable pour le travailleur/euse a été supprimé et des dispositions permettant l’intervention directe de l’État dans la libre négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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et dans le cadre des relations de travail ont été adoptées. En 2011, d’autres dispositions ont été adoptées afin d’autoriser les employeurs, au niveau de l’entreprise, à cesser d’appliquer les conventions collectives sectorielles, annulant de ce fait la nature contraignante des conventions collectives. Par ailleurs, d’autres mesures donnent la possibilité à des associations de personnes de conclure des conventions collectives au niveau de l’entreprise, alors qu’il ne peut y avoir de syndicat en raison du nombre minimum requis de 20 membres pour créer un syndicat. Cette mesure risque de causer un grave préjudice à la situation des syndicats en tant que représentants des travailleurs/euses dans le processus de négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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. Dans le cadre actuel, le fait que ces associations de personnes ne puissent être constituées que dans des entreprises qui n’ont pas de syndicats n’apporte aucune garantie en ce qui concerne le choix de représentation des travailleurs/euses, puisque la loi ne permet pas de créer des syndicats dans les entreprises de moins de 20 employé(e)s. En règle générale, les travailleurs/euses bénéficient du droit de grève grève Forme d’action collective la plus répandue, la grève désigne un arrêt de travail concerté sur une période limitée et peut revêtir de nombreuses formes.

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, mais ce droit est limité pour les fonctionnaires, les employé(e)s des organismes gouvernementaux locaux et les fonctionnaires de la justice, ainsi que dans les entreprises de nature publique ou d’utilité publique si leur activité est jugée vitale pour les besoins essentiels de la société. En outre, les critères permettant de déclarer une grève grève Forme d’action collective la plus répandue, la grève désigne un arrêt de travail concerté sur une période limitée et peut revêtir de nombreuses formes.

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illégale sont vagues, étant donné que le tribunal rend sa décision après avoir entendu les intérêts divergents des travailleurs/euses et des employeurs, évalué les conséquences générales de la grève grève Forme d’action collective la plus répandue, la grève désigne un arrêt de travail concerté sur une période limitée et peut revêtir de nombreuses formes.

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et appliqué le principe de proportionnalité. Seuls les syndicats reconnus ont le droit d’appeler à la grève grève Forme d’action collective la plus répandue, la grève désigne un arrêt de travail concerté sur une période limitée et peut revêtir de nombreuses formes.

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, et les grèves sauvages sont interdites.

En pratique

La crise de la dette et son incidence sur les droits syndicaux :

Tout au long de l’année 2011, la Grèce a été au centre de la crise européenne de la dette. L’attention s’est focalisée sur les conséquences de la crise pour l’économie, l’État social et le système de sécurité sociale de la Grèce, mais la crise a également eu une incidence significative sur les syndicats et leur mode de fonctionnement.

Dans l’espoir de réduire sa dette, et compte tenu de l’impossibilité de dévaluer sa monnaie en raison de son appartenance à la zone euro, le gouvernement grec – poussé par le mémorandum de politiques économiques et financières établi par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international (la « troïka ») – a dû mettre en œuvre une « dévaluation interne », consistant à réduire fortement les salaires et les niveaux de vie. À titre d’exemple, les heures de travail ont été allongées dans l’ensemble du secteur public à partir de juin 2011.

Cette situation n’est pas sans conséquences pour les droits syndicaux, notamment la liberté d’association liberté d’association Droit de former des syndicats et de s’affilier au syndicat de son choix et droit pour ces organisations d’exercer leurs activités librement et sans interférences excessives.

Voir Guide des droits syndicaux internationaux de la CSI
et la négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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. En octobre 2011, les règles de négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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ont subi des modifications : le nouveau système donne la priorité à la négociation au niveau de l’entreprise et non plus seulement aux accords sectoriels ou professionnels. Désormais, des associations de personnes peuvent participer à des négociations, notamment dans les entreprises de plus petite taille.

Les organismes syndicaux, dont la General Confederation of Greek Workers (confédération générale des travailleurs/euses grecs – GSEE), estiment que certaines de ces mesures déstabilisent le cadre des relations entre partenaires sociaux partenaires sociaux Désigne les syndicats et les employeurs ou leurs organisations représentatives. et affaiblissent le rôle des syndicats. Le président du Conseil économique et social de la Grèce a déclaré par ailleurs que le dialogue social dialogue social Discussion et coopération entre les partenaires sociaux sur des questions d’intérêt commun, telles que la politique économique et sociale. Implique la participation de l’État dans les pays où le tripartisme est la norme. n’avait pas vraiment eu toutes ses chances car la dynamique de la crise avait coupé court à toute progression dans ce domaine.

Les syndicats jouent un rôle moins important dans la négociation collective :

La General Confederation of Greek Workers (confédération générale des travailleurs/euses grecs – GSEE) pense que les conditions fixées dans les mémorandums de la troïka visent à supprimer le système de normalisation minimale via les conventions collectives, un système qui aidait la Grèce depuis plus de 20 ans en maintenant la stabilité sociale et en favorisant le développement. En outre, les récentes modifications apportées au système de la négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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avaient pour objectif de réduire les salaires dans le secteur privé et, surtout, de remplacer la négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

Voir convention collective
, non pas simplement par des accords au niveau de l’entreprise mais par des contrats individuels.

Il y a eu des discussions entre le gouvernement et la troïka dans le but d’éliminer efficacement l’extension des conventions collectives sectorielles, malgré le soutien exprimé en faveur de leur maintien par les syndicats et les organisations d’employeurs. L’adoption de conventions collectives spéciales au niveau de l’entreprise, au titre de la loi n°3899/2010, fut le premier pas vers l’affaiblissement des accords sectoriels destinés à réduire les salaires sans fournir de garanties aux travailleurs/euses.

D’après la GSEE, l’intention du gouvernement et de la troïka d’exclure les syndicats du processus de négociation collective négociation collective Processus de négociation de conditions de travail acceptables pour les deux parties et de réglementation des relations sociales entre un ou plusieurs représentants des travailleurs, des syndicats ou des centrales syndicales d’un côté et un employeur, un groupe d’employeurs ou une ou plusieurs organisations patronales de l’autre.

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se manifeste dans la possibilité d’autoriser des « associations de personnes » atypiques – qui ne sont pas des syndicats – à adopter des conventions collectives spéciales au niveau de l’entreprise. Le rôle des syndicats dans la conclusion de conventions collectives au sujet des dispositions horaires avait déjà été affaibli et des « associations de personnes » avaient alors été habilitées à conclure ce type de conventions collectives. Le gouvernement a commencé à exploiter cette mesure, en autorisant la conclusion de conventions collectives d’entreprise sans nécessiter la présence d’un syndicat, afin de faciliter la négociation de ces conventions dans les entreprises moyennes, petites et très petites, qui représentent 99% des entreprises grecques et qui étaient couvertes jusqu’alors par des conventions collectives sectorielles. La loi ne permettait pas de constituer des syndicats dans les entreprises de moins de 50 employé(e)s, d’où l’intention d’accepter que les conventions collectives soient négociées avec des « associations de personnes » non officielles créées ponctuellement, c’est-à-dire avec des personnes que l’employeur inviterait essentiellement pour discuter, sans aucune garantie d’indépendance.

Cette situation a affaibli l’autonomie des syndicats grecs, également fragilisée par les changements apportés au système d’arbitrage arbitrage Mécanisme de résolution extrajudiciaire des litiges impliquant l’intervention d’un tiers neutre, qui peut être soit un arbitre unique, soit une commission d’arbitrage. Dans le cadre d’un arbitrage non contraignant, les parties en désaccord sont libres de rejeter la recommandation émise par le tiers. Si elles se soumettent à un arbitrage contraignant, elles sont alors liées par sa décision. On parlera d’arbitrage obligatoire lorsqu’il s’agit d’une procédure prescrite par la loi ou relevant d’une décision des autorités, à laquelle les parties ne se soumettent pas volontairement.

Voir conciliation, médiation
et de médiation médiation Procédure de médiation à mi-chemin entre la conciliation et l’arbitrage, où une tierce partie neutre aide les parties en conflit à résoudre un conflit social en leur suggérant des solutions non contraignantes.

Voir arbitrage, conciliation
. La mission de haut niveau de l’OIT Organisation internationale du travail Structure tripartite créée par les Nations Unies (ONU) en 1919 pour promouvoir de bonnes conditions de vie et de travail. Principale instance internationale chargée de développer et de contrôler les normes internationales du travail.

Voir tripartisme, Guide des droits syndicaux internationaux de la CSI
, qui s’est rendue en Grèce en septembre 2011, a fait part de sa vive préoccupation à l’égard de ces changements, effectués « au détriment de la paix sociale et de l’ensemble de la société. »

Les employeurs et leurs privilèges d’entrepreneurs sortent renforcés : Les conditions définies dans les mémorandums établis par la troïka ont considérablement renforcé les employeurs et les privilèges qui sont les leurs en tant qu’entrepreneurs. Selon la General Confederation of Greek Workers (confédération générale des travailleurs/euses grecs – GSEE), la situation est injuste pour les syndicats et les travailleurs/euses. Les mesures principales prévoient les dispositions suivantes : introduction du concept de « réserve de main-d’œuvre » dans le secteur public, faisant office de pré-licenciement ; possibilité pour l’employeur d’imposer unilatéralement la réduction des périodes de travail des employé(e)s « de réserve » ou de mises à pied temporaires (respectivement neuf mois et trois mois) ; changement radical du seuil de licenciement collectif (réduction des indemnités de licenciement, réduction du préavis) et allongement de la période d’essai (un an) sans indemnités de départ en cas de licenciement ; suppression du versement de la somme totale des indemnités de licenciement (versements bimensuels) ; simplification du licenciement des travailleurs/euses proches de l’âge de la retraite et allongement de la durée de travail en agence temporaire, passant de 12+6 mois à trois ans.

Violations

Arrestation de dirigeant(e)s syndicaux : Le 24 novembre 2011, la police grecque a arrêté Nikos Photopoulos, président du syndicat de l’électricité GENOP/DEI, ainsi que 14 autres militant(e)s syndicaux. Ils ont été arrêtés après un sit-in dans le service informatique d’une entreprise de production d’électricité, organisé pour protester contre les mesures d’austérité, notamment les considérables impôts fonciers prélevés sans tenir compte des revenus ni des richesses, et les coupures d’électricité infligées aux personnes qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, payer l’électricité. Ils étaient cités à comparaître devant le tribunal le 10 janvier 2012, et ils encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. La General Confederation of Greek Workers (confédération générale des travailleurs/euses grecs – GSEE) demande l’abandon de leurs chefs d’inculpation.
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